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jeudi 4 juillet 2013

L'Oued - les ibis chauves dans l'Atlas

Dans les années 1970, les frères français Michel et Jean-François Terrasse réalisèrent un documentaire portant ce titre dans lequel ils suivaient un fleuve marocain, plus précisément le secteur Ouarzazate-Todra-Drâa, pour répertorier les différents habitats, depuis les hauteurs de l’Atlas jusqu’aux portes du désert. Ces frères se distinguent non seulement parce qu’ils ont effectué un travail pionnier dans l’art de filmer la nature, mais parce qu’ils ont donné un élan à la conservation des rapaces de montagne, entre autres espèces.

Au cours du reportage, le fleuve Drâa n’est pas le seul protagoniste, mais l’ibis chauve apparaît de façon répétée tout au long du parcours. Ces prises de vues d’il y a quarante ans nous montrent des aspects surprenants des colonies qui existaient à l’époque et qui ont déjà disparu : par exemple des ibis volant le long des sommets enneigés du Haut Atlas ou nichant dans les tours d’Aït Benhaddou.
Dans le Haut Atlas, on observe de magnifiques images de la reproduction des ibis chauves dans les escarpements de grès où s’installent des colonies comptant des dizaines de nids. De plus, on les voit qui cherchent de la nourriture dans les cultures se trouvant juste en-dessous des colonies, à proximité immédiate des gens et du bétail.


À Aït Benhaddou, il y a des ibis qui nichent sur les tours des Kasbahs (قصبة) ou tighremt, à proximité des cigognes. Le documentaire nous montre des nids sur au moins trois tours différentes installés sur des auvents en roseau qui font saillie à chaque angle. Ce type de structures en roseau constituait un auvent qui, couvert de pisé, servait à protéger les murs contre les pluies torrentielles. 
Cette ville fortifiée fut inscrite au patrimoine de l’humanité 1987, mais elle a été le protagoniste, plus que le simple décor, d’une multitude de films (L’Homme qui voulut être roi, Le Message, Jésus de Nazareth, ...). Au cours du tournage de certains de ces longs-métrages des années 1970 (vers 1974), des réparations furent réalisées sur les édifices, si bien que les nids furent détruits et ne furent jamais reconstitués.
Grâce au témoignage de ce documentaire, on peut voir à quel point la conservation de l’ibis chauve n’est pas incompatible avec certaines activités humaines.
Comme c’était le cas à
Bireçik, les ibis peuvent vivre très proches des hommes, même si, tant dans la ville de l’Euphrate que dans le ksar d’Aït Benhaddou les limites de la cohabitation ont pu être dépassées.





Traduction: E. Langrené

dimanche 21 avril 2013

Le déclin de l'ibis chauve en Egypte

Les archéologues nomment ostracon un fragment de pierre ou de poterie sur lequel a été réalisé un dessin ou une inscription, comme, par exemple, dans l’Égypte ancienne, où il était utilisé comme brouillon ou pour apprendre à écrire ou à dessiner. Le fait que le dessin paraisse complet montre que c’est bien un ostracon, puisque, s’il s’était agi d’une simple marque faite sur la céramique avant qu’elle ne soit cassée, il est probable que le dessin n’aurait pas été complet.



Lors des fouilles du gisement HK25 de Hierakon sont apparus de nombreux fragments de céramique et, notamment, l’ostracon visible sur l’image ci-dessus. Il s’agit, très probablement, d’un ibis chauve, oiseau qui apparaît fréquemment dans l’iconographie égyptienne qui représente l'Akh.

Hierakon en grec, Per-Nemty en égyptien, c’est un ensemble de ruines qui témoignent d’une longue période, commençant avant la construction des pyramides et allant jusqu’à l’ère romaine.

Akh, vers -3.400
De l'autre côté, des petites plaques d'ivoire découvertes par l'équipe du Dr Gunter Dreyer dans le cimetière d'Abydos en Haute-Égypte et de vieilles de 5400 ans semblent être les premiers signes de l'écriture dans le monde. Parmi les plus de 200 pièces, l'une représente, apparemment, un ibis chauve.

Jíří Janák, égyptologue tchèque passionné par l’histoire de l’ibis chauve, raconte dans un récent article publié dans l’Encyclopédie d’égyptologie de l’UCLA que, selon des témoignages, il y avait trois espèces d’ibis dans l’Égypte antique : l’ibis sacré, l’ibis falcinelle et l’ibis chauve. Les images de ce dernier, facile à reconnaître de par la forme de son corps, ses pattes courtes, son bec long et recourbé et sa huppe typique de plumes sur la nuque, furent utilisées pour écrire le nom akh et les expressions et notions qui s’y rapportent.


Selon cet auteur, on peut déduire, à partir des connaissances actuelles, que, dans les temps anciens, cette espèce habitait dans les falaises rocheuses de la rive orientale du Nil, c’est-à-dire dans un lieu qui représentait parfaitement l’idéal de la renaissance et de la résurrection (l’akhet). Ainsi, il se peut que les ibis chauves aient été vus comme des visiteurs et des messagers de l’autre monde, des manifestations terrestres du défunt béni (l'akhu).
L’imagerie de l’ibis chauve dans l’Égypte antique est précise, exacte et élaborée aux débuts de l’histoire égyptienne (jusqu’à la dernière partie du troisième millénaire avant notre aire). Plus tard, les représentations de cet oiseau deviennent plus schématiques et moins réalistes. Ainsi, elles n’apparaissent pas comme une preuve directe et convaincante de la présence de l’espèce. Il est probable que cette évolution corresponde au déclin et à la disparition de l’ibis chauve sur ce territoire.

Le même auteur nous raconte dans un autre article de la même publication que le concept d'akh renvoie à de nombreuses significations différentes liées à la mort et à l’esprit et constitue l’un des piliers de la religion de l’Égypte antique, apparaissant dans beaucoup de textes religieux et d’iconographies. Son sens élémentaire est en rapport avec l’efficacité et la relation réciproque qui permet de traverser les frontières entre différentes sphères.

Traduction: E. Langrené
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