Affichage des articles dont le libellé est extinction. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est extinction. Afficher tous les articles

mardi 17 septembre 2013

Saint-Gall, 1562

Saint-Gall en 1548
(de Wikimédia)
La collection de codex numérisés de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall (Sankt Gallen), en Suisse, l'une des bibliothèques les plus anciennes et les plus riches au monde, nous offre un ouvrage singulier présentant un grand intérêt pour connaître la distribution historique de l'ibis chauve.

L'histoire de l'abbaye est curieuse par elle-même, étant donné qu'elle est restée catholique pendant près de trois siècles, bien que la ville eût embrassé la réforme protestante. La fortification de l'abbaye permit de protéger les images des incursions des iconoclastes.

Au milieu du XVIe siècle, le Prince-évêque
Diethelm Blarer commanda à l'italien Manfredo Barbarini Lupo, de Correggio, une série de pièces chorales à quatre voix pour les différentes festivités religieuses de l'année. En 1562, l'œuvre fut terminée, avec des textes du père Heindrich Keller et, sur les premières pages, des enluminures de Kaspar Härtli, de Lindau, au nord du lac de Constance.
Sur certaines pages, les illustrations montrent de nombreuses images d'oiseaux.

Sur la page 5 figurent de nombreuses espèces, des chardonnerets, corneilles, troglodytes, rouges-gorges, bouvreuils, bergeronnettes ou becs croisés, même si certaines ne sont pas faciles à identifier. 

Au centre du folio il y a une image des plus précises, qui montre un jeune ibis chauve, ce indique que l'artiste était familier de cette espèce.

Source 
Cod. Sang. 542, page 5, Stiftsbibliothek St. Gallen / Codices Electronici Sangallenses http://www.cesg.unifr.ch





Traduction: E. Langrené

dimanche 15 septembre 2013

Waidhofen, 1383



Waidhofen an der Thaya est une ville de Basse-Autriche, non loin de la frontière tchèque.

Une image de 1383 dans le Stadtbuch (livre de la ville, document médiéval qui contenait les principaux accords juridiques qui régissent la municipalité) représente un ibis assez ressemblant, malgré certaines libertés artistiques. La tête étant noire, il doit s’agir d’un jeune qui n’est pas encore chauve comme les adultes.




En 1980 on édita en Autriche un timbre commémorant le 750 anniversaire de la fondation de la ville qui valait 2,5 Schilling et qui reprenait la page principale du livre de la ville.





En fin, à la limite du district de Waidhofen, il y a un marché (Marktgemeinde) dénommé Vitis, dont il existe des traces qui remontent à 1150 et sont antérieures à la ville elle-même. Sur son blason figurent une église et, nichant sur son toit, un oiseau au long cou et au plumage noir, qui peut être un ibis chauve.






Traduction: E. Langrené

mardi 23 juillet 2013

Registre fossile des ibis chauves

Il existe actuellement deux espèces d’ibis du genre Geronticus : l’ibis du Cap G. calvus et l’ibis chauve, G. eremita. Les plus vieux fossiles qui ont été attribués à ce genre peuvent dater d’il y a 15 millions d’années...

L’espèce considérée comme la plus ancienne dans la lignée des ibis chauves est Geronticus perplexus, du Miocène (il y a 12 ou 14 millons d’années), qui fut décrite à partir d’un fragment d’humérus découvert à Sansan (France). Cette espèce fut initialement décrite comme un héron.

Un article de 2010 décrit le gisement d’Ahl al Oughlam, à Casablanca, qui date d’il y a 2,5 millions d’années. Des vestiges d’une autre nouvelle espèce y sont apparus. Elle est décrite comme G. olsoni et elle est accompagnée d’une multitude d’espèces d’oiseaux marins éteints (puffins, alcidés, albatros, ... sans compter l’épatant oiseau à pseudo-dents Pelagornis mauretanicus) et de diverses espèces terrestres, surtout steppiques (autruches, perdrix et outardes). G. olsoni devait être plus grand que G. eremita et, par conséquent,que G. calvus ou G. apelex (voir plus loin). Le gisement d’ Ahl al Oughlam est l’un des plus importants d’Afrique et présente une incroyable diversité, notamment des crocodiles et des tortues géantes, des ours, des rhinocéros, des Sivatheriums et même des cétacés et des morses.

En 1998 on décrit en Bulgarie G. balcanicus, datant d’il y a 1,85 millions d’années et on le considère dans la lignée de G. eremita ; ils seraient probablement conspécifiques.

Crânes de G. apelex, G. eremita et G. calvus (d'après Olson, 1985)






Traduction: E. Langrené

mardi 11 juin 2013

Bireçik, 1954

Menacé par le nazisme, le professeur Curt Kosswig s’exila en Turquie en 1937, où il se joignit ensuite, comme d’autres réfugiés allemands, à des projets universitaires et scientifiques. Reconnu dans les domaines de la génétique, de la biogéographie et de la taxonomie, Kosswig fut l’un des premiers scientifiques à signaler la présence de la colonie d’ibis chauves à Bireçik, sur les rives de l’Euphrate. Il fit un énorme travail de conservation dans le pays, où il fut considéré comme la principale autorité scientifique dans son domaine et aussi comme un grand divulgateur.

Il était accompagné du photographe turc Cafer Tayyar Türkmen qui réalisa les photographies surprenantes que nous avons extraites des pages mentionnées.
Photo d’ibis à Bireçik 1954 (Cafer Turkmen lors de l’expédition de Curt Koswig, http://egefish.ege.edu.tr/Kosswig/fotograflar.html)





Photo de Cafer Turkmen de la colonie de Bireçik en 1954 (http://www.cornucopia.net/highlights30full.html)


Traduction: E. Langrené

Lire aussi cet article

jeudi 23 mai 2013

Histoire d'une confusion (IV): Tombée dans l'oubli

Une espèce européenne ?

Johann Andreas Naumann (1744-1826), qui est à l'origine de certaines éponymies tels que Falco naumanni, le faucon crécerellette,  était un fermier et un ornithologue amateur qui commença une importante collection d’oiseaux qui est toujours préservée. C’était également le père de Johann Friederich (1780-1857) et de Carl Andreas (1786-1854), qui poursuivirent et enrichirent la collection familiale. L’aîné est considéré comme le père de l’ornithologie européenne et il est l’auteur de Naturgeschichte der Vögel Mitteleuropas, important ouvrage sur les oiseaux d’Europe Centrale.   
Dans cette œuvre de J.F. Naumann, Otto Kleinschmidt représenta deux ibis chauves avec un paysage alpin à l'arrière-plan.
À ce moment-là, l’espèce était éteinte en Europe. Cependant, deux ans avant la publication, en 1899, de Naturgeschichte der Vögel Mitteleuropas, un trio de naturalistes avait publié un important article.
Il s’agissait de Lionel Walter Rothschild, Ernst Hartert et Otto Kleinschmidt. Rothschild faisait partie de la dynastie financière Rothschild, l’une des plus riches familles du monde. Depuis son enfance, il voulait diriger un musée zoologique et il amassa la plus grande collection zoologique qui eût jamais appartenu à une personne privée. Elle comportait des millions d’insectes et des centaines de milliers de vertébrés. Hartert était un zoologiste allemand qui occupa le poste de conservateur ornithologique pendant près de 40 ans au musée Rothschild et qui fut aussi responsable de la publication trimestrielle Novitates Zoologicae. Kleinschmidt était un pasteur allemand, un théologien et un ornithologue qui fut le précurseur de l’idée de Formenkreise ou super-espèce.
L’article s’intitulait Comatibis eremita (Linn.), a European bird. Pourquoi cela devrait-il surprendre ? Nous avons vu que l’ibis chauve était une espèce bien connue en Europe. En outre, lesdifférents supports qui décrivaient l’espèce depuis le XVIe siècle, les illustrations,  les documents juridiques et les noms populaires prouvent que l’espèce existait.
Depuis les premières descriptions de Gesner ou Belon, de nombreux auteurs en ont cité de plus anciennes, alors que l’espèce déclinait probablement. La plupart d’entre eux n’ont jamais vu cette espèce et ont simplement réuni des informations publiées auparavant.

Déclin et oubli progressif

Comme nous le savons déjà, la plupart des auteurs du XVIIe siècle se contentaient d’utiliser, logiquement, des images déjà publiées. Il existe cependant des exceptions.

Eleazar Weiss était un peintre professionnel allemand qui s’installa en 1707 en Angleterre, où il se maria et éleva sa famille, changeant son nom pour Albin. Il gagnait sa vie en faisant des aquarelles à partir des collections de riches mécènes. The Natural History of Birds fut réalisé tard dans sa vie et il s’agit du premier important ouvrage anglais d’ornithologie. Les planches en cuivre furent colorées à la main par lui-même et sa fille Elizabeth et initialement publiées à Londres entre 1731-1738. Eleazar Albin fut probablement l’un des derniers à décrire un ibis chauve européen à partir d’un spécimen empaillé, de la collection de Sir Thomas Lowther, un propriétaire terrien du Yorkshire. 
Il ne mentionne pas les ouvrages confus précédents, il donne de nouvelles informations sur l’oiseau et il écrit au présent, ce qui implique que l’essentiel de ces renseignements était récent, à sa connaissance. Albin écrit they build for the moſt part in high Walls of demoliſhed or ruinous Towers which are common in Switzerland (ils construisent leurs nids essentiellement dans les hauts murs de tours démolies ou endommagées, fréquentes en Suisse) et, plus loin, The young ones are commended for good Meat and county a Dainty; their Fleſh is ſweet and their Bones tender (Les jeunes sont prisés pour leur bonne viande, sont considérés comme des mets délicats ; ils ont une chair savoureuse et des os tendres) et, à nouveau, ... deſert places; where they build in Rocks and old forſaken Towers (...lieux désertiques, où ils construisent leurs nids dans des rochers et de vieilles tours abandonnées).
Même si Thoſe that take them out of the Neſts, are wont to leave one in each, that they may the more willingly return the following Year (Quiconque les retire des nids laisse habituellement un oisillon dans chacun, pour qu’ils soient plus enclins à revenir l’année suivante), cela ne suffisait pas à réduire le déclin de l’espèce.  


En 1760,  Mathurin-Jacques Brisson, dans son Ornithologie,  introduit à nouveau d’autres informations sur Coracia cristata, notamment sur les plumes et leur éclat verdâtre au soleil. Il a probablement une connaissance directe de cet oiseau. Il inclut toujours notre espèce parmi les corbeaux.  En 1776, Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon, décrit encore le Coracias huppé ou Sonneur (en raison de l’appel émit par cet oiseau que certains trouvent proche de son des cloches de vaches). Il n’a toujours pas de doutes sur la présence de l’oiseau en Suisse et il parle même de disséquer son estomac pour y trouver des courtilières. John Latham (1740 – 1837), dans son ouvrage A general synopsis of birds publié en 1781, classe l’espèce qui nous intéresse parmi les corvidés, selon la tradition, mais il montre sa similarité avec l’ibis. Il semble que l’auteur utilise des références indirectes.
Il n’y a pas d’illustration de l’espèce, mais l’ouvrage fut traduit en allemand par Johann Matthäus Bechstein (1757-1822), qui l’intitula Allgemeine Übersicht der Vögel (1791–1812). Ce dernier auteur inclut une planche montrant un ibis chauve. Cette illustration pourrait être inspirée par celle d’ Albin, mais elle est beaucoup plus simple et de l’eau a été ajoutée à côté de l’oiseau, peut-être à cause d’autres descriptions qui le considéraient comme un oiseau aquatique. Sur la même page, on voit une femelle adulte de coucou en phase rousse. 

Il n’y a pas d’illustration de l’espèce, mais l’ouvrage fut traduit en allemand par Johann Matthäus Bechstein (1757-1822), qui l’intitula Allgemeine Übersicht der Vögel (1791–1812). Ce dernier auteur inclut une planche montrant un ibis chauve. Cette illustration pourrait être inspirée par celle d’ Albin, mais elle est beaucoup plus simple et de l’eau a été ajoutée à côté de l’oiseau, peut-être à cause d’autres descriptions qui le considéraient comme un oiseau aquatique. Sur la même page, on voit une femelle adulte de coucou en phase rousse. 


En 1789, dans une série de lettres de William Coxe à William Melmoth rassemblées dans Travels in Switzerland, and in the country of the Grisons, on lit : « Cet oiseau est absolument inconnu de M. Sprungli, bien qu’il soit censé être originaire des montagnes suisses. Celui-ci s’est donné beaucoup de mal pour le découvrir, en vain ; et il soupçonne finalement que, s’il existe vraiment, ce n’est qu’une variété de l’oiseau précédent » (il parle de Corvus Graculus, le chocard à bec jaune, de nos jours Pyrrhocorax graculus). Il semble qu’entre les descriptions réalistes de l’oiseau faites par Albin ou Buffon et les lettres de Cox, l’oiseau se soit éteint ou soit devenu extrêmement rare. 
Un dictionnaire français de sciences naturelles publié en 1818 met en doute l’existence de cette espèce et explique que les noms ont été utilisés pour d’autres espèces. Certains auteurs commencèrent à penser qu’il s’agissait d’une créature légendaire, d’un animal qui n’avait jamais existé.



Traduction: E. Langrené

jeudi 2 mai 2013

Heinrich Harder et ses animaux du monde primitif


L’artiste allemand Heinrich Harder (1858-1935) se consacra principalement au paysagisme, mais il est mieux connu pour ses peintures et sculptures d’animaux disparus.
Ainsi, il illustra une histoire de la planète Terre du naturaliste Wilhelm Bolsche qui parut dans la revue Die Gartenlaube. Il réalisa également une série de peintures murales et de sculptures pour la façade et l’extérieur de l’aquarium du zoo de Berlin.

Couverture de la première collection de 
cartes des animaux du monde primitif avec
 des dessins de Heinrich Harder
Au début du XXe siècle, le fabricant de chocolats Reichardt offrait une collection de cartes d’animaux préhistoriques, disparus aux temps historiques ou simplement curieux, de par leur apparence ou leur rareté. La collection, à nouveau accompagnée de textes de Wilhelm Bolsche, s’appelait Tiere der Urwelt, « Animaux du monde primitif ».


Harder fut responsable de la réalisation de deux séries de trente planches chacune.
Illustration d’ Otto Kleinschmidt 1899, pour le 
Naturgeschichte der Vögel Mitteleuropas, 
de  J.F. Naumann
La seconde, réalisée vers 1920, comportait une image d’ibis chauve probablement inspirée de l’illustration d’ Otto Kleinschmidt que nous avons déjà vue dans d’autres entrées de ce blog.
Kleinschmidt avait contribué à découvrir que le « mythique » Waldrapp était la même espèce qui avait été découverte au Proche-Orient par Frederich Wilhem Hemprich et Christian Gottfried Ehremberg et en Afrique du Nord, ce qui entraîna une « Waldrappmanie » au début du XXe siècle, dans laquelle s’inscrit, d’une certaine manière, cette planche. Cet engouement s'explique par l'histoire de la description et la décadence de l'espèce en Europe.

Au recto, l’espèce est simplement dénommée Waldrapp, mais certaines descriptions de cette planche expliquent qu’il s’agit de Geronticus balcanicus, ancêtre présumé de l’ibis chauve actuel (bien qu’il s’agisse probablement de la même espèce).Cependant, G. balcanicus fut décrit beaucoup après la réalisation de cette planche.

Traduction: E. Langrené

dimanche 28 avril 2013

Tajo de las figuras


Dans les grottes du Tajo de las Figuras ("ravin des figures"), sur la commune de Benalup - Casas Viejas, on a retrouvé en 1913 des dessins schématiques qui furent ensuite classés dans un type particulier de peinture rupestre, l’ arte sureño (art du sud), qui concerne le sud de l’Andalousie. Les dessins de ce genre dans la région couvrent une période d’environ 20.000 ans, si bien qu’ils forment un ensemble extraordinaire, qui permet de suivre l’évolution du style et de la technique sur une longue période dans une même zone. La plupart de ces peintures se trouvent dans la province de Cadix.
Plus précisément, au Tajo de las Figuras il y a des peintures du néolithique et du chalcolithique (âge du bronze). Parmi les figures sont représentés de nombreux oiseaux.

Figure 1

Sur les calques utilisés en 1929 par H. Breuil et M.C. Burkitt pour faire la description des peintures (texte de la première page ci-dessus), certaines espèces peuvent être identifiées.
Par exemple, sur la première figure, on peut imaginer une talève sultane en bas à droite, sur la seconde, le dessin dans le coin en haut à gauche pourrait représenter une grue, sur la troisième il semble qu’il y ait une avocette dans le coin en bas à droite, tandis que sur la dernière figure on dirait qu’il y a au moins un flamant au centre. Quant au reste, ils sont à peine identifiables comme des échassiers et, parfois, ils ressemblent à peine à des oiseaux.

Figure 2

Figure 3

Sur la figure 4, selon certaines interprétations, on pourrait distinguer quelques représentations d’ibis chauve, plus précisément en haut au centre et en bas à gauche, à cause du bec recourbé et une sorte de « chignon » sur l’un des dessins.
Figure 4

Cependant, malheureusement, il se pourrait aussi bien qu’ils représentent des courlis ou des ibis falcinelles, ou qu’ils aient des bec recourbés à cause d’une erreur de tracé. La crête de l’oiseau du coin inférieur pourrait faire partie de l’un des nombreux défauts dans le tracé ou des dommages visibles sur beaucoup d’autres figures ; par exemple, il y a des doigts en trop ou des appendices difficiles à identifier.

Hélas, nous ne pouvons pas considérer ces peintures comme une preuve irréfutable de l’existence de l’ibis chauve dans le sud de la péninsule au cours de la période mentionnée. Rappelons-nous que les restes fossiles dans le Levant ibérique ont été bien étudiés, mais qu’ils correspondent à une période nettement antérieure.

Traduction: E. Langrené

dimanche 21 avril 2013

Le déclin de l'ibis chauve en Egypte

Les archéologues nomment ostracon un fragment de pierre ou de poterie sur lequel a été réalisé un dessin ou une inscription, comme, par exemple, dans l’Égypte ancienne, où il était utilisé comme brouillon ou pour apprendre à écrire ou à dessiner. Le fait que le dessin paraisse complet montre que c’est bien un ostracon, puisque, s’il s’était agi d’une simple marque faite sur la céramique avant qu’elle ne soit cassée, il est probable que le dessin n’aurait pas été complet.



Lors des fouilles du gisement HK25 de Hierakon sont apparus de nombreux fragments de céramique et, notamment, l’ostracon visible sur l’image ci-dessus. Il s’agit, très probablement, d’un ibis chauve, oiseau qui apparaît fréquemment dans l’iconographie égyptienne qui représente l'Akh.

Hierakon en grec, Per-Nemty en égyptien, c’est un ensemble de ruines qui témoignent d’une longue période, commençant avant la construction des pyramides et allant jusqu’à l’ère romaine.

Akh, vers -3.400
De l'autre côté, des petites plaques d'ivoire découvertes par l'équipe du Dr Gunter Dreyer dans le cimetière d'Abydos en Haute-Égypte et de vieilles de 5400 ans semblent être les premiers signes de l'écriture dans le monde. Parmi les plus de 200 pièces, l'une représente, apparemment, un ibis chauve.

Jíří Janák, égyptologue tchèque passionné par l’histoire de l’ibis chauve, raconte dans un récent article publié dans l’Encyclopédie d’égyptologie de l’UCLA que, selon des témoignages, il y avait trois espèces d’ibis dans l’Égypte antique : l’ibis sacré, l’ibis falcinelle et l’ibis chauve. Les images de ce dernier, facile à reconnaître de par la forme de son corps, ses pattes courtes, son bec long et recourbé et sa huppe typique de plumes sur la nuque, furent utilisées pour écrire le nom akh et les expressions et notions qui s’y rapportent.


Selon cet auteur, on peut déduire, à partir des connaissances actuelles, que, dans les temps anciens, cette espèce habitait dans les falaises rocheuses de la rive orientale du Nil, c’est-à-dire dans un lieu qui représentait parfaitement l’idéal de la renaissance et de la résurrection (l’akhet). Ainsi, il se peut que les ibis chauves aient été vus comme des visiteurs et des messagers de l’autre monde, des manifestations terrestres du défunt béni (l'akhu).
L’imagerie de l’ibis chauve dans l’Égypte antique est précise, exacte et élaborée aux débuts de l’histoire égyptienne (jusqu’à la dernière partie du troisième millénaire avant notre aire). Plus tard, les représentations de cet oiseau deviennent plus schématiques et moins réalistes. Ainsi, elles n’apparaissent pas comme une preuve directe et convaincante de la présence de l’espèce. Il est probable que cette évolution corresponde au déclin et à la disparition de l’ibis chauve sur ce territoire.

Le même auteur nous raconte dans un autre article de la même publication que le concept d'akh renvoie à de nombreuses significations différentes liées à la mort et à l’esprit et constitue l’un des piliers de la religion de l’Égypte antique, apparaissant dans beaucoup de textes religieux et d’iconographies. Son sens élémentaire est en rapport avec l’efficacité et la relation réciproque qui permet de traverser les frontières entre différentes sphères.

Traduction: E. Langrené

lundi 12 décembre 2011

Etat des connaissances de la dernière population d’ibis chauve ( Geronticus eremita ) en Algérie

Une contribution par Melle Amina FELLOUS 
 Agence Nationale pour la Conservation de la Nature

L'ibis  chauve est des espèces d'oiseaux les plus rares et les plus menacées, c'est  une espèce en  état critique d'extinction au niveau mondial selon  les catégories de la liste rouge  de l'UICN.
  
Causes de régression au niveau mondial :

Les principales causes de déclin des populations d'ibis chauves sont :

-La persécution directe par l'homme particulièrement en Europe centrale, par le prélèvement des œufs.
-L'utilisation  des pesticides utilisés dans la lutte antiacridienne, particulièrement au Maroc ainsi que  des produits à base de DTT comme cela s'est produit en Turquie.
-La perturbation et destruction des aires de gagnages par l'intensification des activités agricoles, ainsi que l’assèchement des lieux d'abreuvements ( zones humides ) en milieux arides et semi arides.
-La perturbation et perte de la quiétude au niveau des sites de reproduction.

Données actuelles de l’ibis chauve en Algérie :

L'Algérie avec le Maroc faisait partie il n'y a un peu plus d'une décennie  d'un des derniers bastion de l’existence de l’ibis chauve en Afrique du Nord.
Quelques rares références  font état du statut actuel de l’ibis chauve (Geronticus eremita)   en Algérie.
La grande majorité des données recueillies datent pour la plus part des années cinquante en zone semi aride,où une dizaine de colonie était signalée pour l'Algérie.
La dernière colonie ayant survécu  jusqu’au début des années 1990s,  a été découverte en 1974 dans le sud ouest algérien, précisément dans la région d'El Bayadh .
( voir carte)

Distribution historique de l'Ibis chauve en Algérie

Une recherche assidue a été entreprise depuis 2000, 2002, 2004   sur site avec la collaboration de l’Unité de Conservation et de Développement (UCD)  d’El Bayadh  afin d’établir les principales causes de disparition de cette colonie, ainsi que la recherche de sites potentiels de nidification dans la région.

Une enquête a été lancée dernièrement auprès des populations locales afin de recueillir le maximum d’informations possibles sur cet oiseau vénéré dans la région tout en ayant comme perspectives :

-         La mise en place d’un plan d’action national de réhabilitation, évaluant de manière objective et scientifique la situation actuelle de cette espèce  en Algérie.
-         Sa possible réintroduction dans son milieu naturel en accord avec les recommandations du groupe international de recherche sur l’ibis chauve,
-         Ainsi que son utilisation comme  porte drapeau symbolique de la steppe  dans le domaine de l’écotourisme, valorisant autrement  cette région  qui est déjà à vocation  totalement pastorale.

Quelles sont les données nouvelles issues du questionnaire ?

Notre questionnaire  (toujours en cours) englobant plus d’une vingtaine de questions, ciblait  comme interlocuteurs principaux les personnes âgées  ou les anciens des principales tribus de la région d’El Bayadh, les Ouled Aissa, Zwa, et Ouled Moumen, vivants aux alentours ou à proximité directe avec l’ancien site de nidification.
Les principales questions traitaient de :
-         la connaissance de la distribution ancienne et /ou récente de l’espèce
-         la biologie de l’espèce selon les observations des personnes interrogées, précisément, les périodes d’arrivées, départs, utilisation des zones de gagnages,…
-         Les principales causes de régression supposées, prédations, chasse, maladies, sécheresse,…

Premiers résultats :

La donnée la plus originale est l’observation en automne de l’année 2005 de 2 individus en vol, au lieu dit Theniet Ouled Moumen à quelques deux kilomètres à vol d’oiseau du dernier site de nidification signalé à El Bayadh. Déjà en 1996, il nous a été signalé (sans confirmation) l'observation de trois individus dans la région de Labiodh Sidi Chikh située à une centaine de kilomètres au Sud de l'ancienne colonie. 

Habitat très favorable dans les alentours du dernier site de nidification
Symbolique   de l’espèce :

Pour les anciens des tribus consultés, l’ibis chauve reconnu sous la dénomination d' Aicha El Garaa, Aïcha la Chauve, confirme déjà la valeur symbolique de religiosité de cette espèce  dans la région , il nous a été aussi signalé le choix délibéré de l’emplacement des nids en direction de la Mecque. L’ibis chauve a toujours existait parmi les populations locales, sa présence  parmi  les populations locales avait la valeur de porte bonheur, symbole de paix et de sérénité.

Estimation des effectifs :

D’après les informations recueillies, les colonies existantes étaient composées de 300 à 400 individus, les premiers déclins ont été notés à partir des années 1950s.
Les derniers individus de (12 à 18 spécimens) y  ont été signalés vers  la fin des années 1980s.
Les derniers ibis chauves photographiés en Algérie, à El Bayadh, printemps 1985 (photo  Koen De Smet)

Biologie de l’espèce :

Les dates d’arrivées correspondaient à la fin de l’hiver (février, début mars) et les départs étaient observés dés la fin de l’été.
Les  juvéniles arrivant avec les adultes et repartaient avec eux.
Les départs et arrivées se faisant en vol groupé et massif.
Peu d’informations nous ont été données quant à la biologie de la reproduction de cette espèce sur le début ou la fin de la période de reproduction, du nombre d’œufs pondus ou de jeunes éclos.
Les zones de gagnages étant toujours à proximité des lieux de nidification où des  points d’eau existaient aussi non loin de ces lieux.

 Causes de régression :

Parmi les principales causes du déclin de cette espèce dans la région, il nous a été signalé :
-La chasse directe et le tir des oiseaux par les soldats de l’armée française à l’époque coloniale,
-La perduration de la période de sécheresse dans la région durant les années 1980s,
-La cause divine est une des mentions les plus cités, au vu de la valeur symbolique de la paix et de la prospérité de cette espèce, il est intéressant de relever les pertes des effectifs à des périodes du début de la lutte de libération et de la période de trouble qu’a connu notre pays.

Dernier site de nidification
D’autres causes possibles de déclins ont été aussi proposées, mais n’ayant pas eu l’approbation des personnes interrogées, notamment :
-         L’effet de la prédation sur les nichées
-         Des maladies ou infections ayant touchées les oiseaux
-         La perturbation  et la perte de la quiétude par l’utilisation d’un lieu d’ermitage et de recueillement par quelques érudits au sein même du lieu de nidification
-         L’utilisation supposée de produits phytosanitaires à base de DTT ou de produits antiacridiens
-         La perte des aires de gagnage par l’utilisation du pâturage extensif
-         L’impact des nouvelles exploitations agricoles dans les environs immédiats de la dernière colonie d’ibis chauve.

La dernière question posée quant à la possibilité de la réintroduction de l’ibis chauve dans leur région, toutes les réponses données étaient positives, certains même s’étant proposés  pour être désignés comme protecteur de ces oiseaux comme l’ont fait leurs aïeuls l’avaient fait   auparavant.

Conservation et réhabilitation de l’ibis chauve en Algérie :

Bien que l’ibis chauve figure dans la liste de l’ordonnance présidentielle n°06-05 du 15 juillet 2006 relative à la protection et à la préservation de certaines espèces animales menacées de disparition récemment adoptée.

Très peu de données le concernant existent à l’heure actuelle, à la lumière des informations issues de ce premier questionnaire ciblant particulièrement l’ibis chauve au niveau de la dernière colonie connue en Algérie, aucun plan d’action national de sauvegarde n’a été initié jusqu’à l’heure actuelle.


 Il serait grand temps d’y remédier en mettant en place un projet de conservation et de réhabilitation de cette espèce menacée, avec une planification des axes de recherches prioritaires, dans la connaissance des principales contraintes et causes de régressions dans son aire naturelle de distribution .

-Des  investigations plus poussées devraient être cadrées et précisées pour la recherche d’éventuels sites potentiels de nidification.
-Des actions concrètes  au profit de l’ibis chauve, peut être par la mise en réserve du dernier lieu de nidification pouvant être réutilisé pour une éventuelle réintroduction avec l’appui et la collaboration des populations locales

Une collaboration scientifique avec les laboratoires, institutions spécialisées, administrations locales, ONG locales, associations nationales ou internationales ( UICN, IAGNBI, BirdLife, …) oeuvrant ensemble pour la concrétisation des efforts de conservation de l’ibis chauve en Algérie à la lumière des dernières données optimistes du retour discret de cet emblème de la paix pour cette région et pour l’ensemble du pays.

-         Des actions de sensibilisations restent encore a être menées à l’échelle locale et nationale afin d’accroître l’intérêt du grand public sur cette espèce par la diffusion de dépliants, d’affiches, de tables rondes,….
-         Son utilisation comme  porte drapeau symbolique de la steppe  dans le domaine de l’écotourisme, valorisant autrement  cette région  qui est déjà à vocation  totalement pastorale n’est pas aussi à négliger.
-         Par cet oiseau symbole, pourrait être stimulé de nouvelles vocations pour de jeunes naturalistes, et pourrait être utilisé comme initiateur à l’ornithologie au niveau local, régional et pourquoi pas national.

Principales références :

BELLATRECHE,M. 1994: Données nouvelles sur l’avifaune algérienne. Alauda, 62 (3): 136-138.
COMINARDI, F.1993 : Contribution à la connaissance des oiseaux des monts des Ksours.
(unpublished document)
FELLOUS, A.2004.A short review of the historical distribution of the Northern Bald Ibis
 ( Geronticus eremita)  in Algeria.in the International Advisory Group on the Northern Bald Ibis  ( IAGNBI) newsletter 3( Boehl, C. Ed.) 48-49
ISENNMAN, P. & A. MOALI .2000: Oiseaux d’Algérie/Birds of Algeria. SEOF. Museum d’Histoire Naturelle de Paris.336p
LEDANT, JP. JACOB, JP., JACOBS, P., MAHLER, F., OCHANDO, B.& J. ROCHE.1981: Mise à jour de l’avifaune algérienne. Le Gerfaut 71: 295-398.

 Remerciements :

A titre postume à  feu Mrs N Benalia, N Mammeri, Hadj Ahmed Rahmani. 

Et aux collaborateurs de l’UCD d’El Bayadh:Hamzaoui M,Deghmiche M, Belkheir S,Mokadem A & M.Chaachouou.



___________________________________________
Note: Entre décembre 2004 et mars 2005 il y a eu des observations d'ibis chauves non bagués à Avila et à Cáceres, Espagne, mais l'origine des oiseaux est discutable.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...