lundi 13 mai 2013

Le dernier ibis chauve en Syrie?

Les événements en Syrie nous affligent et nous attristent profondément. En dépit de la crise, l'équipe locale a continué à suivre les ibis chauves, et a communiqué la triste nouvelle qu’un seul ibis chauve est retourné sur le site de reproduction à Palmyre ce printemps. Malheureusement, jusqu'ici, il n'y a pas eu de signe que d'autres ibis sont revenus de leur migration en Ethiopie. Zenobia a été accouplé l'année dernière avec Odeinat, le dernier mâle, étant équipé d'une petite balise satellitaire qui a cessé d'émettre dans le sud de l'Arabie Saoudite en juillet 2012. Il n'a pas été possible de retrouver Odeinat, puisque les dernières localisations ne donnent pas un endroit précis.
Par la suite, un total de quatre oiseaux a été vu brièvement en janvier de cette année par Yilma Abebe et Tariku Dagne (une visite soutenue par la Société d'Histoire Naturelle éthiopien et la Culture et du Tourisme Bureau de l'Ethiopie, avec des fonds de RSPB) aux sites habituels d'hivernage aux hauts plateaux éthiopiens, mais il semble maintenant clair qu'un seul de ces oiseaux est revenue à la zone de reproduction.

Derniers ibis chauves syriens entre les khaïmas bedouins 
(Photo M.S. Abdallah)
Hélas, cela semble la fin imminante de la population vestigiale orientale de l'espèce, après avoir été redécouverte en 2002 quand il n’y avait que trois couples reproducteurs. Malgré les énormes efforts déployés, la colonie se réduisit à un seul couple pendant les deux dernières années et maintenant il semble qu’il ne reste qu’un seul oiseau. Cela arrive à un moment où des efforts coordonnés se renforcent notamment avec la création du nouveau groupe de travail internationals'est tenu à Jazan, Arabie Saoudite en novembre 2012.

Parmi les espoirs pour le maintien de la population orientale, on compte beaucoup sur l'ancien site de nidification à Bireçik, en Turquie sud-orientale, où une population semi-sauvage persiste.


Note historique:
Zénobie était la dernière impératrice de Palmyre, veuve d'Odénat, qui, après une expansion de son royaume jusqu'à l'Egypte et l'Anatolie, a été vaincue et capturée par Aurélien en 272.


dimanche 5 mai 2013

Histoire d'une confusion (I): 1555, premières descriptions


Conrad Gesner
(de Wikimedia)
Conrad Gesner ou Geßner fut un important naturaliste suisse à son époque, considéré comme le père de la zoologie moderne ; il est en effet l’auteur de Historiae animalium, œuvre de plus de 4 500 pages en cinq tomes. Les quatre premiers, consacrés aux mammifères (Quadrupedes vivipares), aux quadrupèdes ovipares (Quadrupedes ovipares), aux oiseaux  (Avium natura)  et aux animaux aquatiques (Piscium & aquatilium animantium natura) furent publiés entre 1551 et 1558 et un cinquième, consacré aux serpents et scorpions,  fut publié à titre posthume. Les quatre premiers tomes furent réédités en allemand en 1563 sous le titre de Thierbuch. Il s’agit de l’un des premiers traités d’histoire naturelle qui comprend d’abondantes illustrations en couleur d’animaux dans leur milieu et le premier qui comporte des illustrations de fossiles.

Gesner étudia dans un certain nombre de villes européennes : non seulement à Zurich, mais à Strasbourg, Bâle, Montpelier ou Bourges. C’est le premier auteur à avoir décrit l’ibis chauve clairement et sans équivoque. 



La gravure de Gesner représente un jeune ibis chauve de façon assez réaliste. Dans la partie supérieure, nous voyons l’image de l’édition latine et en dessous celle de l’édition allemande.



 L’image fut copiée ultérieurement par Aldrovandi dans sa publication de 1603 et par John Jonston dans la sienne, en 1657.
Conrad Gesner mourut de la peste à 49 ans au cours de l’une des épidémies récurrentes qui suivirent la grande pandémie connue comme la peste noire.

Si vous vous intéressez à l’œuvre de Gesner, elle est scannée sur internet. Le troisième tome, Avium natura, se trouve ici.

  
Pierre Belon
(de Wikimedia)
Pierre Belon n’était pas un naturaliste typique à son époque. Il participa à l’un des premiers voyages scientifiques de l’histoire, dans l’est de la Méditerranée et le Proche-Orient, notamment en Grèce, Turquie, Arabie, Égypte, etc…, pendant trois ans, entre 1546 y 1549.
Il eut une mort violente dans des circonstances qui restent obscures : il fut assassiné dans le Bois de Boulogne alors qu’il retournait au Château de Madrid, où il logeait.
Considéré comme le précurseur de l’anatomie comparée, il réalisa un important travail dans L'Histoire de la nature des oyseaux, qui est disponible en ligne. Cependant, son œuvre fut éclipsée par la plus complète Historia animalium de Conrad Gesner, publiée le même année 1555

Dans le chapitre consacré au cormoran, Belon décrit très bien ses habitudes, qu’il a probablement observées dans la nature. Il explique clairement qu’il s’agit de l’une des rares espèces qui, tout en étant palmipède, s’accroche aux branches. Toutefois, l’illustration, censée être réalisée d’après nature, montre un oiseau bien distinct.

La posture droite n’est pas du tout typique des cormorans et il s’agit clairement d’un oiseau fissipède, sans membrane interdigitale. Le profil général montre un oiseau plus compact, mais ressemblant à l’ibis chauve, malgré l’absence de la huppe de plumes caractéristique.
Il semble qu’il existait une certaine confusion entre l’ibis chauve et le cormoran, qui apparaît clairement dans le nom générique de celui-ci. Pour lever le doute, Belon déclare : Phalacrocorax & Coroni thalassios en Grec, Corvus aquaticus en Latin, Cormarant en Francoys. C’est-à-dire que le "corbeau chauve" (phalacrocorax) et la "corneille marine" (coroni thalassios) deviennent synonymes. D’autres auteurs, d’abord Gesner, mais également Aldrovandi, essaieront d’approfondir les différences, mais le germe de la confusion était déjà semé.



Traduction: E. Langrené

jeudi 2 mai 2013

Heinrich Harder et ses animaux du monde primitif


L’artiste allemand Heinrich Harder (1858-1935) se consacra principalement au paysagisme, mais il est mieux connu pour ses peintures et sculptures d’animaux disparus.
Ainsi, il illustra une histoire de la planète Terre du naturaliste Wilhelm Bolsche qui parut dans la revue Die Gartenlaube. Il réalisa également une série de peintures murales et de sculptures pour la façade et l’extérieur de l’aquarium du zoo de Berlin.

Couverture de la première collection de 
cartes des animaux du monde primitif avec
 des dessins de Heinrich Harder
Au début du XXe siècle, le fabricant de chocolats Reichardt offrait une collection de cartes d’animaux préhistoriques, disparus aux temps historiques ou simplement curieux, de par leur apparence ou leur rareté. La collection, à nouveau accompagnée de textes de Wilhelm Bolsche, s’appelait Tiere der Urwelt, « Animaux du monde primitif ».


Harder fut responsable de la réalisation de deux séries de trente planches chacune.
Illustration d’ Otto Kleinschmidt 1899, pour le 
Naturgeschichte der Vögel Mitteleuropas, 
de  J.F. Naumann
La seconde, réalisée vers 1920, comportait une image d’ibis chauve probablement inspirée de l’illustration d’ Otto Kleinschmidt que nous avons déjà vue dans d’autres entrées de ce blog.
Kleinschmidt avait contribué à découvrir que le « mythique » Waldrapp était la même espèce qui avait été découverte au Proche-Orient par Frederich Wilhem Hemprich et Christian Gottfried Ehremberg et en Afrique du Nord, ce qui entraîna une « Waldrappmanie » au début du XXe siècle, dans laquelle s’inscrit, d’une certaine manière, cette planche. Cet engouement s'explique par l'histoire de la description et la décadence de l'espèce en Europe.

Au recto, l’espèce est simplement dénommée Waldrapp, mais certaines descriptions de cette planche expliquent qu’il s’agit de Geronticus balcanicus, ancêtre présumé de l’ibis chauve actuel (bien qu’il s’agisse probablement de la même espèce).Cependant, G. balcanicus fut décrit beaucoup après la réalisation de cette planche.

Traduction: E. Langrené

dimanche 28 avril 2013

Tajo de las figuras


Dans les grottes du Tajo de las Figuras ("ravin des figures"), sur la commune de Benalup - Casas Viejas, on a retrouvé en 1913 des dessins schématiques qui furent ensuite classés dans un type particulier de peinture rupestre, l’ arte sureño (art du sud), qui concerne le sud de l’Andalousie. Les dessins de ce genre dans la région couvrent une période d’environ 20.000 ans, si bien qu’ils forment un ensemble extraordinaire, qui permet de suivre l’évolution du style et de la technique sur une longue période dans une même zone. La plupart de ces peintures se trouvent dans la province de Cadix.
Plus précisément, au Tajo de las Figuras il y a des peintures du néolithique et du chalcolithique (âge du bronze). Parmi les figures sont représentés de nombreux oiseaux.

Figure 1

Sur les calques utilisés en 1929 par H. Breuil et M.C. Burkitt pour faire la description des peintures (texte de la première page ci-dessus), certaines espèces peuvent être identifiées.
Par exemple, sur la première figure, on peut imaginer une talève sultane en bas à droite, sur la seconde, le dessin dans le coin en haut à gauche pourrait représenter une grue, sur la troisième il semble qu’il y ait une avocette dans le coin en bas à droite, tandis que sur la dernière figure on dirait qu’il y a au moins un flamant au centre. Quant au reste, ils sont à peine identifiables comme des échassiers et, parfois, ils ressemblent à peine à des oiseaux.

Figure 2

Figure 3

Sur la figure 4, selon certaines interprétations, on pourrait distinguer quelques représentations d’ibis chauve, plus précisément en haut au centre et en bas à gauche, à cause du bec recourbé et une sorte de « chignon » sur l’un des dessins.
Figure 4

Cependant, malheureusement, il se pourrait aussi bien qu’ils représentent des courlis ou des ibis falcinelles, ou qu’ils aient des bec recourbés à cause d’une erreur de tracé. La crête de l’oiseau du coin inférieur pourrait faire partie de l’un des nombreux défauts dans le tracé ou des dommages visibles sur beaucoup d’autres figures ; par exemple, il y a des doigts en trop ou des appendices difficiles à identifier.

Hélas, nous ne pouvons pas considérer ces peintures comme une preuve irréfutable de l’existence de l’ibis chauve dans le sud de la péninsule au cours de la période mentionnée. Rappelons-nous que les restes fossiles dans le Levant ibérique ont été bien étudiés, mais qu’ils correspondent à une période nettement antérieure.

Traduction: E. Langrené

dimanche 21 avril 2013

Le déclin de l'ibis chauve en Egypte

Les archéologues nomment ostracon un fragment de pierre ou de poterie sur lequel a été réalisé un dessin ou une inscription, comme, par exemple, dans l’Égypte ancienne, où il était utilisé comme brouillon ou pour apprendre à écrire ou à dessiner. Le fait que le dessin paraisse complet montre que c’est bien un ostracon, puisque, s’il s’était agi d’une simple marque faite sur la céramique avant qu’elle ne soit cassée, il est probable que le dessin n’aurait pas été complet.



Lors des fouilles du gisement HK25 de Hierakon sont apparus de nombreux fragments de céramique et, notamment, l’ostracon visible sur l’image ci-dessus. Il s’agit, très probablement, d’un ibis chauve, oiseau qui apparaît fréquemment dans l’iconographie égyptienne qui représente l'Akh.

Hierakon en grec, Per-Nemty en égyptien, c’est un ensemble de ruines qui témoignent d’une longue période, commençant avant la construction des pyramides et allant jusqu’à l’ère romaine.

Akh, vers -3.400
De l'autre côté, des petites plaques d'ivoire découvertes par l'équipe du Dr Gunter Dreyer dans le cimetière d'Abydos en Haute-Égypte et de vieilles de 5400 ans semblent être les premiers signes de l'écriture dans le monde. Parmi les plus de 200 pièces, l'une représente, apparemment, un ibis chauve.

Jíří Janák, égyptologue tchèque passionné par l’histoire de l’ibis chauve, raconte dans un récent article publié dans l’Encyclopédie d’égyptologie de l’UCLA que, selon des témoignages, il y avait trois espèces d’ibis dans l’Égypte antique : l’ibis sacré, l’ibis falcinelle et l’ibis chauve. Les images de ce dernier, facile à reconnaître de par la forme de son corps, ses pattes courtes, son bec long et recourbé et sa huppe typique de plumes sur la nuque, furent utilisées pour écrire le nom akh et les expressions et notions qui s’y rapportent.


Selon cet auteur, on peut déduire, à partir des connaissances actuelles, que, dans les temps anciens, cette espèce habitait dans les falaises rocheuses de la rive orientale du Nil, c’est-à-dire dans un lieu qui représentait parfaitement l’idéal de la renaissance et de la résurrection (l’akhet). Ainsi, il se peut que les ibis chauves aient été vus comme des visiteurs et des messagers de l’autre monde, des manifestations terrestres du défunt béni (l'akhu).
L’imagerie de l’ibis chauve dans l’Égypte antique est précise, exacte et élaborée aux débuts de l’histoire égyptienne (jusqu’à la dernière partie du troisième millénaire avant notre aire). Plus tard, les représentations de cet oiseau deviennent plus schématiques et moins réalistes. Ainsi, elles n’apparaissent pas comme une preuve directe et convaincante de la présence de l’espèce. Il est probable que cette évolution corresponde au déclin et à la disparition de l’ibis chauve sur ce territoire.

Le même auteur nous raconte dans un autre article de la même publication que le concept d'akh renvoie à de nombreuses significations différentes liées à la mort et à l’esprit et constitue l’un des piliers de la religion de l’Égypte antique, apparaissant dans beaucoup de textes religieux et d’iconographies. Son sens élémentaire est en rapport avec l’efficacité et la relation réciproque qui permet de traverser les frontières entre différentes sphères.

Traduction: E. Langrené

dimanche 31 mars 2013

La Fondation Prince Albert II de Monaco renouvelle son engagement avec l'ibis chauve

La Fondation Prince Albert II de Monaco qui est le champion d'espèce pour l'Ibis chauve, a réitéré son engagement pour la conservation d'un des oiseaux les plus menacés dans le monde.

PA2MF a financé principalement les dépenses des gardiens (salaires, équipements), ainsi que d'autres coûts de fonctionnement. Cette contribution est essentielle, d'une part, pour le suivi et la surveillance des colonies et, d'autre part, elle nous permettra  de connaître le comportement des Ibis, la façon dont ils utilisent leur habitats ou leurs performances de reproduction.

Grâce à cette contribution, PA2MF est l'un des partenaires les plus importants pour la conservation de cette espèce en voie de disparition à la fois pour  les colonies du Maroc et pour la population de l'Est.

mardi 12 mars 2013

Utilisation des outils de Google pour le suivi de l’ibis chauve


Nous pouvons lire dans la revue PLOS ONE un article de Pedro Olea et Patricia Mateo-Tomás, de l’IREC (Institut de recherches sur les ressources cynégétiques), sur l’exploitation d’un outil largement disponible sur internet, Street View, pour caractériser l’habitat du vautour fauve et du percnoptère.

Aylal, photo I. Cherkaoui
Dans le programme de conservation de l’ibis chauve au Maroc, nous avons fait une expérience très semblable. Bien que Street view ait une couverture très faible dans ce pays, en revanche, nous avons la chance de pouvoir télécharger des photos sur Google Earth par le biais de l’application Panoramio.

Le problème que nous rencontrons, c’est que, contrairement à Street View, il n’est pas indispensable sur Panoramio que la localisation des photos soit absolument exacte, puisque c’est l’usager lui-même qui les situe, parfois au jugé. La couverture photographique est moindre, d’une part parce qu’elles n’ont pas le caractère panoramique de celles de Street View, d’autre part, parce que leur répartition est, pour ainsi dire, capricieuse, dans le sens où elle dépend de facteurs absolument incontrôlables : l’itinéraire d’un voyage, une expérience particulière de l’auteur ou son état d’esprit lorsqu’il télécharge les photos sur internet.
Néanmoins, nous bénéficions d’un énorme avantage. Parmi les internautes qui téléchargent des photos sur Panoramio, beaucoup se déplacent en tout-terrain, à pied, à vélo ou en parapente, c’est pourquoi ils nous fournissent des images qu’il est absolument impensable d’obtenir avec Street View.

Grâce aux données que nous fournit Aylal, l’ibis chauve portant une balise GPS, nous avons une idée très exacte des lieux qu’il fréquente. Avec les vues sur Google Earth et les photos de Panoramio, nous pouvons nous faire une très bonne idée du paysage où évolue l’espèce, parfois à des endroits à des centaines de kilomètres du lieu où l’oiseau a été marqué.

Traduction: E. Langrené
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